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Dans la cuisine des éditos de José Nawej
*La presse congolaise sevrée des éditoriaux qui donnaient de la lisibilité aux enjeux et jeux politiques d’ici et d’ailleurs.
Mors, ubi est victoria tua ? (Mort, où est ta victoire? ). Cette interrogation de Saint-Paul, dans l’Épître aux Corinthiens, m’a plongé dans une profonde méditation en cette date du 28 octobre où mourait un Général 4 étoiles de la presse congolaise, je cite José Nawej.
Cet éditorialiste magnifique s’est écroulé la journée du 28 octobre 2023, tel un baobab dans une grande forêt, laissant la presse congolaise orpheline de ses éditos qui donnaient de la lisibilité aux enjeux et jeux politiques d’ici et d’ailleurs.
On pouvait tout s’imaginer à propos de José Nawej sauf le voir passer l’arme à gauche. Surtout pas de si tôt. Nawej volait tellement haut dans son intellection qu’on était tenté de croire qu’il côtoyait les anges, donc capable de repousser sa mort.
JOSÉ NAWEJ, L’IMMORTEL
Helas, son enveloppe charnelle est partie. Aujourd’hui un an après, la douleur est encore intense. Une année, c’est trop court pour que les plaies béantes qui se sont formées dans nos coeurs se cicatrisent de si tôt. Heureusement que dans la plus grande douleur, survient un apaisement rafraîchissant marqué par un ressenti intuitif de l’immoralité de José Nawej.
On se rend dès lors compte qu’au- delà de la continuité de son existence dans le monde de matière subtile, José Nawej a aussi vaincu la mort dans le monde de matière dense. Il continue à vivre parmi nous à travers ses écrits coruscants.
Ses éditos, qui restent d’actualité-histoire étant un éternel recommencement, continuent à briller intensément, à scintiller vivement, étincelant et éclatant par sa lumière aux yeux de tout esprit éveillé.
DES ÉDITOS A LIVRE AVEC DICO
Tel un texte ésotérique, l’éditorial de José Nawej se lit avec un dictionnaire à côté. Mais pour mieux le décrypter, le dico n’a jamais été suffisant. Il exige en plus de cela un background nécessaire et une culture générale assez étendue. Chose qui a fait de ce journaliste hors norme, si pas le plus grand, l’un de grands éditorialistes dans le landerneau africain.
Beaucoup sont ceux qui se posaient la question de savoir comment il pouvait écrire avec une telle pertinence, une telle narratologie qui allie langage imagé et faits divers pour, par exemple, peindre une réalité politique ou géopolitique. Comment José Nawej pouvait-il jongler avec autant de musicalité dans une terminologie aussi fouillée ?
A mon arrivée à la rédaction de Forum des As, le journal que dirigeait José Nawej en qualité d’éditeur et directeur de publication jusqu’à sa mort, j’avais les mêmes questions. Dans les lignes qui suivent, je peux modestement vous partager des moments passés dans la « cuisine des éditos de Nawej« .
PERSONNAGE ÉCLECTIQUE
En effet, José Nawej, un personnage qui a fait de bonnes études de base à Likasi, sa ville natale. Il est arrivé à Kinshasa pour poursuivre les études supérieures à l’ISTI, actuelle Université des sciences de l’information et de la communication (UNISIC) dont il détenait le diplôme de licencié en journalisme politique extérieure.
S’il faut le définir en un seul mot, José Nawej fut un perfectionniste hors pair. Véritable rat de bibliothèque depuis le jeune âge, il lisait beaucoup. Parmi ses romanciers préférés, il y a le Franco-algérien, Yasmina Kadra. C’est d’ailleurs lui qui m’a donné le goût d’adopter cet écrivain et de lire ses romans comme « l’attentat » et « la dernière nuit du raïs » où l’auteur fictionne sur la scène de mort de Mouammar Kadhafi.
Le bureau de José Nawej fut une véritable cuisine remplie de livres faisant office des ustensiles de cuisine et d’ingrédients qui participaient activement à la bonne sauce qui faisait baver les intellos au contact du tabloïd Forum des As. En plus des ouvrages scientifiques sur la politique, les relations internationales et autres domaines, l’éditeur Nawej disposait des dictionnaires de synonymie, des locutions et expressions, des livres de la grammaire et bien d’autres. Voilà un personnage éclectique !
TOUT Y ÉTAIT DANS LA CUISINE DE NAWEJ
La matière première -sujets à développer-, il la tirait soit de l’actualité, soit des faits sociaux. C’est ainsi qu’en véritable historien du présent, il pouvait consacrer des éditos à la problématique d’embouteillage ou de coupures d’électricité.
Et quand il arrivait à la rédaction, avant de se réfugier dans son bureau pour pondre ses éditos, José Nawej avait l’habitude de lancer des discussions sur les faits de société ou un sujet d’actualité. Des échanges qui étaient ponctués de rires fous, à gorge déployée, en compagnie de son ami qui l’a précédé dans l’au-delà, Célestin Kandolo, dit Vieux Célé.
Bien avant celui qu’il appelait affectueusement « Célé », José Nawej avait l’habitude de rire autant avec un autre ami à lui qui est aussi décédé, Marcellin Manduakila, alors directeur de la rédaction de Forum des As.
RIGUEUR, BLAGUE, INSTRUCTION
Parfois, José Nawej tirait ses sujets d’éditos de ces discussions qu’il avait baptisées « chroniques« . Il adorait des blagues et piques instructives.
Après des rires fous, il se retirait aux environs de 21 heures dans son bureau pour écrire ses éditos. Et quelle n’était pas notre délectation de lire ces éditos lorsqu’ils nous revenaient sur papier A4 en vue de la relecture.
Manager aguerri, Nawej veillait au moindre détail dans l’édition du journal, de la correction sur morasses jusqu’au produit fini. L’un des moments merveilleux passés à ses côtés était lorsqu’il il lui arrivait de me dicter les grandes lignes d’un texte à mettre à la manchette ( grand titre). Quelle cohérence d’idées ! Quel vocabulaire riche ! Quelle maîtrise de l’histoire politique du Congo et de la politique étrangère ?
Son côté gentil rimait avec rigueur dans le travail. Il châtiait toujours sévèrement lorsque c’était nécessaire. En véritable papa, il m’a plusieurs fois blâmé au point de croire qu’il ne m’aimait pas. J’ai compris par la suite qu’il m’aimait beaucoup, qu’il ne voulait pas que je verse dans le nivellement vers bas.
VIVEMENT UN PRIX D’EXCELLENCE JOSÉ NAWEJ
Et pour finir, je tiens à souligner que José Nawej fut un grand amoureux du football. Il était un grand fanatique de Barcelone. Lorsque la RDC perdait, il était profondément touché. Autant pour son Barça.
En ce jour où nous commémorons la disparition physique de ce Grand Homme, je réitère mon plaidoyer pour, qu’à défaut de l’UNISIC, établissement où il a étudié le journalisme, que le gouvernement, à travers le ministère de la Communication et Medias, institue un Prix d’excellence au nom de José Nawej.
Merci pour tout cher Maître, que dis-je, Grand Maître. Beaucoup de force à votre âme qui doit continuer sa pérégrination jusqu’à franchir la grille du Lumineux Royaume du Tout puissant, le Dieu Créateur. Je garde de vous ce précieux conseil tel un Trésor : « Orly, dans la vie, il faut toujours savoir ce que l’on veut. Quand on connaît ce que l’on veut, la suite devient plus facile ».
Votre éternel élève Orly-Darel NGIAMBUKULU