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CAN 2025 : quand la célébration inspirée de Patrice Lumumba gagne les terrains et les esprits
La Coupe d'Afrique des nations 2025, organisée au Maroc, aura consacré bien plus que des performances sportives. Elle a vu naître image devenue virale, politique et artistique à la fois : celle d'un supporter congolais figé dans une posture inspirée de Patrice Lumumba. En quelques semaines, cette silhouette immobile, bras droit levé vers le ciel, paume ouverte, s'est imposée comme l'un des symboles forts de la compétition, supplantant d'un coup la mascotte du pays organisateur.
Cette histoire a pour visage Michel Kuka Mboladinga, supporter congolais devenu, presque à son insu, une icône à travers l'Afrique et le reste du monde. À chaque rencontre des Léopards, il est resté debout, immobile, reproduisant fidèlement la posture de Patrice Lumumba telle qu'elle est représentée sur le mausolée de l'ancien Premier ministre à Kinshasa. Telle est une statue mais vivante et silencieuse à la fois mais avec un symbole fort de sens.
La gestuelle a dépassé les tribunes
Très vite, sa gestuelle a dépassé les tribunes. Sur les terrains, des joueurs africains se sont approprié ce geste en guise d'hommage. Le 10 janvier, en quarts de finale face à l'Algérie, l'attaquant nigérian Akor Adams a célébré son but en s'immobilisant, le bras droit levé vers le ciel, après la victoire de son équipe (0-2). Le lendemain, Sofiane Diop, ailier de l'OGC Nice, a reproduit la même posture lors des seizièmes de finale de la Coupe de France contre Nantes, après avoir trouvé le chemin des filets.
Dans les gradins aussi, la célébration a fait école. Des supporters marocains ont repris la pose lors des match du quarts de finale remporté par les Lions de l'Atlas face au Cameroun. La CAN 2025 s'est ainsi transformée en un espace d'expression mémorielle, où football et histoire africaine se sont rencontrés.
Mais c'est au-delà du sport que le symbole a pris une dimension nouvelle. Le peintre marocain Mohamed Lachhab, suivi par près de 600.000 personnes sur Instagram, a consacré une toile à Patrice Lumumba à l'occasion de la compétition. L'ancien premier Premier ministre congolais, figure majeure des luttes anticoloniales africaines, s'est ainsi retrouvé au cœur d'un véritable manifeste artistique contemporain.
La portée universelle de Lumumba
Cette ferveur n'a toutefois pas été exempte de polémique. Après l'élimination de la RDC en huitièmes de finale face à l'Algérie, le joueur algérien Mohamed Amoura a imité la posture de la statue vivante avant de s'allonger sur la pelouse, dans un geste perçu comme moqueur. L'acte a provoqué une vive indignation sur les réseaux sociaux. Face au tollé, le joueur, suivi par toute la sélection algérienne, a présenté ses excuses publiques à Michel Kuka Mboladinga.
En ravivant la mémoire de Patrice Lumumba, la CAN 2025 a rappelé la portée universelle de son héritage. Son discours du 30 juin 1960, dénonçant le racisme et l'oppression coloniale belge, l'a inscrit à jamais dans l'histoire. Renversé après seulement 75 jours au pouvoir, assassiné le 17 janvier 1961 à Shilatembo, dans le Haut-Katanga, son corps dissous dans l'acide n'a jamais été retrouvé. Pendant des décennies, seuls des restes symboliques, dont une dent conservée en Belgique, avant d'être rapatriée en RDC, ont subsisté, faisant de cette affaire l'une des pages les plus sombres des relations belgo-congolaises.
Soixante-cinq ans plus tard, sur les pelouses marocaines, Patrice Lumumba a refait surface. Immobile dans les tribunes, reproduit sur les terrains et immortalisé sur les toiles, il s'est imposé comme le visage inattendu de la CAN 2025. Preuve que le football, parfois, devient le miroir vivant de l'histoire et de la mémoire collective africaine.
Christian-Timothée MAMPUYA