QUOTIDIEN D'INFORMATIONS GENERALES
 

BILLET
14 juillet et 21 juillet : Réalisme français et angélisme belge

A Arrêt sur image : Paris, mercredi 14 juillet 2010. Le traditionnel défilé militaire sur les Champs Elysées connaît la participation des armées des ex-colonies françaises d’Afrique subsaharienne. Bruxelles 21 juillet 2010. La non moins coutumière parade militaire sur la Place des palais est élargie aux unités des armées des pays de l’Union européenne.
En cette année du cinquantenaire des indépendances africaines , ces deux tableaux pourraient bien illustrer la différence d’approches de ces deux ex-puissances coloniales vis-à vis de leurs anciennes colonies respectives. La France a cru devoir associer son ex-empire d’Afrique noire à sa fête nationale en cette année jubilaire. La Belgique, ancienne puissance tutélaire du Congo-Rwanda-Urundi, a estimé plus important d’inviter ses amis européens. Il est vrai que cette préférence s’explique par le fait que Bruxelles préside aux destinées de l’Union européenne pour ce second semestre de l’année.
N’empêche que l’absence de la moindre coloration africaine en cette année historique pour le continent paraît traduire l’érosion de volonté de puissance de la Belgique. Il semble loin le temps où au 16 rue de la Loi-siège du pouvoir belge-on voyait grand. A contrario, la France n’a pas cédé aux sirènes des afropessimistes-pourtant nombreux dans l’Hexagone-pour dévaluer sa relation spéciale avec ses ex-colonies. Adepte de la rupture d’avec la fameuse françafrique, Nicolas Sarkozy n’a pas tardé à se rendre à l’évidence : Paris a besoin de l’Afrique pour peser dans la cour des grands, notamment au Conseil de sécurité des Nations unies et au G 7. De plus, face au réveil des pays du «BRIC» (Brésil, Russie, Inde, Chine), l’Afrique redevient un enjeu aussi bien géopolitique que géostratégique. Paris constate, bien souvent à ses dépens, que Pékin avec sa diplomatie de grands travaux, renforce ses positions sur le continent. La percée de l’Empire du milieu se fait d’autant plus aisément que la Chine officielle n’intègre pas de postures droits de l’hommistes dans sa politique africaine. Du business, rien que du business, assorti de la formule alléchante win win (gagnant, gagnant).
Face à cette nouvelle donne, le réalisme sarkozien tranche avec le recul, voire la frilosité de Bruxelles. Pourtant, en dehors de son statut de siège de l’Union européenne et de l’OTAN, la Belgique doit son aura internationale au seul fait d’avoir colonisé prioritairement le Congo et accessoirement l’ex-condominium Rwanda-Urundi. Sur le continent, la RDC est l’un des rares pays où la Belgique soit considérée comme une puissance. Dommage qu’affaiblie par des querelles communautaires à n’en point finir, la Belgique ait raté le coach là où la France a compris que l’heure est à la realpolitik. José NAWEJ


Chantiers : Service minimum

A Kinshasa, les chantiers semblent avoir du plomb dans l’aile. On est loin de l’activisme qu’on constatait sur les différentes artères à l’approche du 30 juin. Sur certains axes, seuls les caniveaux et chaussées éventrés, ainsi que des montagnes de caillasses et autres graviers témoignent du chantier. Pas l’ombre d’un chinois et son essaim d’ouvriers congolais.
Simple pause? « Repli stratégique»? Sécheresse financière? Contraintes logistiques? Mystère sur ce soudain service minimum sur le front du chantier route. Volontiers braillards, les Kinois attribuent ce ralentissement du rythme des travaux au fait que les festivités du Cinquantenaire sont derrière nous. «Tout était fait en prévision et en fonction des hôtes de marque», entend-t-on déjà dans les rues de Kinshasa. De fait, certains tronçons ne paraissaient devoir leur restauration qu’au passage des invités du Cinquantenaire. On a cru revivre le remake des années Mobutu où l’aménagement de la voirie était davantage motivé par la visite d’une personnalité étrangère que par l’obligation d’assainir l’espace de vie des citoyens.
Serait- on dans ce cas de figure? Peut-être pas. Mais, toujours est-il qu’entre le branle-bas d’avant le 30 juin et la léthargie d’après le jour commémoratif de l’indépendance, il n’y a pas photo.
Pour les Kinois, ce réveil était d’autant plus douloureux qu’ils se mettaient à reprendre espoir. Il n’y avait qu’à observer l’engouement sur les différents sites rénovés. Initiateur de grands travaux, le chef de l’Etat voyait sa popularité boostée à la faveur de ces premiers travaux d’Hercule enregistrés dans le pays depuis des lustres. Voilà que cet enthousiasme est en train de prendre un sacré coup. Pour le coup, force est aussi de reconnaître que le déficit managérial de l’administration urbaine et la nonchalance légendaire des bourgmestres de Kinshasa ne sont pas de nature à faciliter la tâche au Raïs.
Seul vrai comptable devant le peuple, le Président devrait relancer les travaux de modernisation de la capitale. Dans un an, son équation à Kinshasa se jouera sans doute en grande partie sur sa capacité à donner un contenu concret à au moins un des cinq chantiers. Or, sur le front des routes à Kinshasa, Joseph Kabila tient le bon bout. A condition d’aller jusqu’au bout. José NAWEJ


Election 2011 : léthargie dans les Etats-majors


Si le timing est respecté, les prochaines élections générales auront lieu dans exactement un an. Car au 31 juillet 2011, tous les animateurs des institutions issues du scrutin de 2006 auront perdu leur légitimité démocratique. Le compte à rebours a donc commencé. En principe, il devait flotter sur le pays comme un air de précampagne électorale. Rien de tel.
Aucun congrès de parti politique en vue. Dans les rangs de la majorité, c'est l'expectative. Nombre de ténors de l'Amp et alliés attendent d'être fixés sur la suite du projet du méga-parti annoncé. Une espèce d'Ump-parti français né de la fusion du mouvement gaulliste Rpr et de l'Udf-à la congolaise. Pas si facile tout de même de fédérer dans un même parti des personnalités, des formations politiques ayant souvent en commun que le soutien intéressé à Joseph Kabila.
Toujours est-il qu'à un an des échéances électorales, dans le camp de la Majorité, seules les orientations du Raïs pourront débrider l'ambiance.
Côté opposition non parlementaire, le parti phare de ce bloc n'est pas encore dans le starting block. L'Udps subordonne son avenir et son devenir au retour au pays d'Etienne Tshisekedi. Sans la présence physique de leur gourou, les Udps-Limete et Righini-vont continuer à s'entre déchirer.
Décapité depuis un peu plus de deux ans, le Mlc est comme en proie au doute. Certes, le parti bembiste dispose de cadres de qualité et des politiques d'expérience à l'image de François Muamba. Mais dans ce parti aussi, tout semble se faire en fonction de Jean-Pierre Bemba. Une maladie commune à toutes les formations politiques zaïro-congolaises le président-fondateur et le parti ne font qu'un.
A l'instar de ces deux poids lourds de l'opposition, les autres partis n'ont pas l'air de se mettre en ordre de bataille. Pas de descente dans le pays réel. A la place, c'est plutôt sur les plateaux de télévision que l'on retrouve les "présidents des partis politiques".On aura beau zappé, on n'apprendra rien en terme de vision politique ou de projet de société sortir de bouche de ces debaters devenus chroniqueurs. En dehors des poncifs du genre "tout va mal", "notre peuple souffre";aucun discours alternatif élaboré avec données chiffrées. Inquiétant à un an des élections. José NAWEJ


L’alerte de Kampala


Cette fois-ci, il ne s'agit pas de la lointaine Afghanistan ni d'un autre pays "abonné" aux opérations terroristes comme l'Irak. Les attentats de Kampala, le dimanche 11 juillet dernier, nous rappellent brutalement que le terrorisme est un fléau planétaire. Cela n'arrive donc pas qu'aux autres.
Cette double attaque contre l'Ouganda revendiquée par une milice somalienne affiliée à l'internationale terroriste "Al Quaida" appelle une réponse concertée au niveau de la région. Car aucun pays pris individuellement ne saurait lutter contre la déferlante terroriste qui, si rien n'est fait, constituera une menace contre l'ensemble de l'Afrique.
Certes, la milice islamiste Shebab "justifie" ses frappes contre l'Ouganda par le fait que Kampala a envoyé ses troupes en Somalie dans le cadre de l'opération de paix de l'Union africaine. Il n'en demeure pas moins que l'Ouganda se trouve dans les Grands lacs. Une région où s'enchevêtrent conflits en voie d'extinction, guerres larvées, rébellions, massacres des civils... Bref un espace fragile où, par l'effet domino, l'instabilité d'un pays peut entraîner un nouvel embrasement de toute la région. C'est pourquoi, les attaques terroristes contre l'Ouganda devraient être prises très au sérieux par toutes les capitales de la région.
Plus qu'une simple "punition" contre l'Ouganda, il peut bien s'agir d'une tentative de la nébuleuse Al Quaida de prendre pied au cœur de l'Afrique. Pour cela, les recettes utilisées dans d'autres régions du monde pourraient être rééditées. A savoir déstabiliser les pouvoirs en place en multipliant des attentats contre des civils. Utilisée à outrance en Somalie, cette stratégie rend difficile toute perspective régénération de l'Etat somalien. Voilà vingt ans que ce pays de la corne de l'Afrique est devenu une zone de non droit. Une situation propice à l'expansion de tous les extrémismes. C'est, contre ce scenario-catastrophe que l'Afrique devrait se prémunir.
Située quasiment à un jet de pierre de l'Ouganda, la Rdc devrait être en première ligne dans ce combat contre ce terrorisme-là. La réforme en cours du secteur de sécurité et de la défense devrait immanquablement intégrer la prévention contre les retombées possibles de la sous-traitance d'Al Quaida sur notre sol. José NAWEJ


Une cure de jouvence très british


Il flotte comme un vent de jouvence sur l'establishment britannique. Au célèbre 10 downing street comme non loin de là séjournent des jeunes. Le conservateur David Cameron, premier ministre, et le libéral démocrate Nick Clegg, numéro 2 du gouvernement, n'étaient pas encore nés lorsque Churchill mourait en 1965!Simple coïncidence? Dynamique de rajeunissement tous azimuts? Toujours est-il que c'est un jeune diplomate qui représente Sa Majesté la Reine à Kinshasa. En poste depuis un peu plus de trois mois, Neil Wigan entreprend de ménager sa monture pour mieux sauter. Pour un ambassadeur nouvellement installé, quoi de plus normal que de prendre le pouls de l'opinion. C'est à cet exercice que le chef de la mission diplomatique du Royaume uni en RDC s'est livré mardi 13 juillet. Autour d'un repas servi dans la pure tradition british, Neil Wigan a rencontré un échantillon significatif de la presse congolaise.
Entre deux séquences d'humour ou d'amabilité, le diplomate britannique a glissé quelques conseils amicaux sur la sécurité juridique des investissements privés. Après l'atteinte du point d'achèvement, le défi à relever est celui de l'amélioration du climat des affaires, observe Neil Wigan. Rassurer les sociétés étrangères serait la meilleure manière d'inciter d'autres investisseurs-en ce compris des britanniques- à venir en Rdc. On l'aura compris: la controverse autour des dossiers miniers First Quantum et pétrolier Tullow continue à faire des vagues.
Ces affaires n'empêchent, cependant, pas Londres de poursuivre sa coopération avec Kinshasa. Signe que le nouveau cabinet britannique accorde une importance de premier plan à la RDC, le ministre en charge de la Coopération avec l’Afrique réserve sa première visite à la Rdc. Vu de Kinshasa, cette préférence congolaise peut passer pour une requalification de la politique du Royaume uni dans les Grands Lacs.D'autant que des pans importants de l'opinion étaient enclins à penser que Londres avait pris le parti de Kigali lors du conflit congolo-rwandais. Là aussi, comme son prédécesseur, Neil Wigan est formel: "Il n'y a pas d'objection liée à la souveraineté de la Rdc". Consolider la paix et lutter contre la pauvreté demeure l'axe essentiel des autorités britanniques.
Reste que les relations avec la Grande-Bretagne comme avec d'autres pays occidentaux devrait sortir du cadre strictement humanitaire. La RDC, qui renaît avec des institutions classiques issues des urnes, n'est plus qu'un vaste "cas social".Londres dont le soutien à la normalisation politique a été substantielle, peut faire davantage que de simples dons dans le secteur humanitaire. Calepin et stylo à la main, Neil Wigan a beaucoup écouté avant de prendre des notes. Cela s'appelle prendre bonne note . José NAWEJ


L’autre «vainqueur du Mondial»


Rideau sur la 19ème édition du mondial. Vainqueur logique du tournoi, l’Espagne ne boude pas son plaisir. La Roja peut enfin arborer une étoile sur son maillot. Le mondial sud-africain cache mal un autre champion : l’Afrique. Par le biais de l’Afrique du sud, le continent devait déjouer tous les pronostics catastrophistes quant à a sa capacité à organiser une compétition planétaire. Pari gagné.
De l’avis de nombre de spécialistes, Afrique du sud 2010 aura été un bon crû. Exit l’épouvantail sécuritaire brandi à l’excès par tous les professionnels de l’afro-pessimisme. Pas d’attentat, pas de massacre, pas d’enlèvement... sur le sol sud-africain durant toute la période de la compétition. Présentée comme le réceptacle du banditisme, l’Afrique du sud a donné au monde une tout autre image. L’hospitalité, la chaleur -même en plein hiver austral-et la joie de vivre authentiquement africaines a fait le reste. Même l’élimination précoce des Bafana Bafana n’a pas refroidi les Sud-africains. Les vuvuzelas ont continué à rythmer l’ambiance dans et autour des stades.
Côté infrastructures, même satisfecit. A mille lieues des clichés d’une Afrique moyenâgeuse, le pays de Mandela a surpris par la qualité de ses stades et de ses voies de communication. Pas de fausse note logistique susceptible de perturber la fête du football durant tout le mondial.
La nuit tombée sur cette édition du mondial, le plus important commence pour le continent: capitaliser ce succès en vue d’affronter avec le même état d’esprit le combat contre la pauvreté qui mine l’Afrique. A travers le mondial réussi, l’Afrique vient de se convaincre qu’elle peut relever n’importe quel défi à condition de faire preuve d’organisation, de détermination et d’unité. Ce que l’Afrique du sud a réalisé, l’ensemble du continent noir peut le faire. Il n’y a donc pas de fatalité pour l’Afrique à être à la traîne du monde.
Pour peu que les dirigeants africains nourrissent un rêve de grandeur sur fond d’une vision, le continent peut cesser d’être l’espace de toutes les misères. Pour peu que les leaders et l’élite africains pensent davantage à l’intérêt général qu’à leurs équations individuelles , le continent peut sortir- plus vite qu’on l’imagine-du cercle vicieux de la pauvreté pour le cycle vertueux de la croissance.
Si l’Afrique ne profite pas de l’effet mundial, la «victoire» en question risque de filer comme un météore. José NAWEJ


Et voici Sange!


«Question à un franc symbolique : combien de Congolais autre que ceux du Kivu connaissaient Sange jusqu'il y a tout juste une semaine ? Fort peu sans doute. Cette bourgade nichée sur la plaine de la Ruzizi doit son renom subit à la tragédie survenue le 2 juillet dernier. Partant du principe selon lequel les trains qui partent à l'heure n'intéressent personne, les grands médias du Nord ont tôt fait de larguer leurs projecteurs sur Sange. A Kinshasa, les autorités et la presse se sont mobilisées. Le drame s'est universalisé et la cité qui vivait dans l'ombre d'Uvira a divorcé d'avec l'anonymat. La pauvreté de cette bourgade du Sud-Kivu n'est plus confidentielle.
Sange s'ajoute ainsi à la longue liste de ces localités et autres cités que les Congolais ne découvrent qu'à l'occasion des calamités ou des guerres. A la suite de deux guerres dites de l'Est, les Congolais ont une bien meilleure connaissance de leur pays que celle procurée par les cours de géographie ! En tout cas, nombre de compatriotes ont appris l'existence de quantité de villes, cités, localités à cause- on serait tenté de dire grâce à-des conflits. Muliro, Lemera, Kichanga, Kalehe, Minembwe, Ejimba...autant de cités révélées à la mémoire de Congolais à la suite des rébellions business qui ont écumé l'Est congolais. Pour crédibiliser les rebelles, toutes les localités conquises étaient présentées comme des villes. Ainsi Ejimba, authentique village africain en pays Songye était étiqueté ville. Et cette estampille a fait le tour du monde.
Tout récemment, l'aventure-éclair des Enyele a charrié quelques leçons, de géographie, d'histoire et même de sociologie sur la province de l'Equateur. Certes, Dongo était quelque peu connu. Mais la kyrielle de localités environnantes doivent leur visibilité à Udjani. Et même le conflit autour des étangs de poissons entre lobala et Boba a été mis au goût du jour à la suite de cet avatar d'insurrections guidées par le " tube digestif".
Retour sur Sange qui pleure encore ses morts. Nos morts. Sauf que le deuil n'est plus à huis clos. Sange a commencé d'exister. Ses malheurs, qui sont le lot commun de l'arrière-pays, sont immortalisés par les caméras. A la manière du maudit camion-citerne.
Dommage que depuis deux décennies, le pays profond se révèle au grand public essentiellement à la suite des catastrophes, naturelles ou d'origine humaine. José NAWEJ


PPTE : les conseils de François Muamba

«Considérons le point d’achèvement comme le point de départ». Ainsi parle François Muamba. Le chef de file de fait de l’opposition parlementaire réagissait ainsi à l’atteinte par la RDC du point d’achèvement de l’Initiative PPTE. Une manière pour le Secrétaire général du MLC d’attirer l’attention du gouvernement sur l’orthodoxie à observer en vue de donner un contenu concret au point d’achèvement.
Plus qu’un jeu des mots chez ce familier de la langue de Voltaire, le «point de départ» résume parfaitement les termes du nouveau défi à relever par Kinshasa. La Rdc devant, comme par le passé, dégager des ressources mais qui, cette fois-ci, seront orientées vers les secteurs sociaux, il serait donc risqué de se croire arrivé. On est plutôt au point de départ. La rigueur dans la gestion assortie d’une stricte affectation des ressources à la lutte contre la pauvreté est, plus que jamais, recommandée.
Qui se plaindrait de voir François Muamba assumer son rôle d’opposant républicain en prodiguant des conseils à l’Exécutif ! Qui s’en formaliserait lorsque le primum inter pares des députés de l’opposition fixe des balises pour le gouvernement? D’un point de vue technique, qui s’offusquerait d’entendre un ancien ministre du Budget des années transition sur le point d’achèvement dont la saga aura duré toute une décennie? Enfin, qui renierait à ce produit du très réputé Institut catholique des hautes études commerciales-ICHEC- des compétences pointues dans les questions économico-financières?
Un ancien Premier ministre congolais parlait avec beaucoup d’à propos de l’opposition comme d’une lampe témoin. Et lorsque, loin des chamailleries bien de chez nous, un ténor de l’opposition parlementaire y va de ses suggestions, la démocratie en sort renforcée. Car sous les tropiques, la démocratie est rarement comprise comme la moins mauvaise des formes de gouvernement ayant pour finalité le bien-être collectif. De ce point de vue, pouvoir et opposition sont en fait des partenaires dans la quête du bonheur de la société.
Normal donc que, sur des questions d’intérêt vital, les responsables politiques de tous les horizons se prononcent et fassent des propositions. Dans les pays de vieille tradition démocratique, il n’est pas inhabituel de voir le Chef de l’Etat ou le Premier ministre consulter tous les ténors de l’establishment politique sur des sujets majeurs . José NAWEJ


PPTE : ni le paradis, ni l’enfer

Entre les postures des dithyrambes des nihilistes et autres opposants par principe et les angélistes et autres opportunistes par nécessité, il y a place pour un débat responsable en rapport avec l'atteinte du point d'achèvement. D'abord, autant le dire tout de go: l'atteinte du point d'achèvement de l'initiative Ppte n'est pas la pire chose qui soit arrivée à la Rdc. Bien au contraire. Cette réduction de la dette n'est pas non plus ce bâton magique dont on rêverait pour mettre fin à la misère ambiante.
Inutile donc de faire la fine bouche: l'effacement de la majeure partie de la dette ne saurait être perçu comme une mauvaise nouvelle. Sinon à quoi aura servi tant d'années passées sous les fourches caudines des institutions de Bretton Woods si, à l'arrivée, il n'y avait pas l'ombre de réduction de la dette? Certes, le principe même de la dette extérieure des pays africains est sujet à controverse. Il est vrai que l'endettement de la Rdc n'a pas servi à développer le pays. Pour le Congo-Zaïre, cette masse d'argent a plutôt enrichi... les créanciers eux-mêmes et leur allié local que fut Mobutu et tout son clan.
Il est donc tentant de suivre les tenants de faire de cette dette table rase à l'instar de certains pays. Seulement pour peu qu'on soit réaliste, on réalise vite que cette posture maximaliste est difficilement tenable pour la Rdc. Les rapports de force politique, diplomatique, financière et même militaire ne plaidant pas pour cette option qui séduit par sa dimension populiste.
Pour autant, l'atteinte du point d'achèvement ne devrait pas donner à un enthousiasme angélique. D'abord, parce que l'ombre tutélaire du Fmi plane encore sur Kinshasa. La Rdc devrait, encore et toujours sous l'œil vigilant des institutions de Bretton Woods, orienter les ressources qu'il consacrait à la dette aux secteurs sociaux. En fait d'annulation, il s'agit d'une réaffectation du service de a dette. Tant mieux, si cette fois-ci cet argent va vers l'éducation, la santé...Et puis, toute l'ardoise n'est pas effacée. Il reste quelque deux à trois milliards de dollars à éponger. Enfin, un coup d'œil chez certains voisins ayant atteint le point d'achèvement montre que le lait et le miel ne sont pas toujours au rendez-vous.
Plus fondamentalement, on ne peut pas reprocher aux dirigeants congolais d'être en programme avec les institutions de Bretton Woods. On devrait plutôt inviter Kinshasa à avoir un plan alternatif cohérent de développement. Le Fmi pas plus que la Banque mondiale n'ont jamais développé un pays. Ces deux institutions n'y ont même pas vocation. Il appartient à la Rdc de s'inspirer des exemples d'autres nations qui ont mis l'accent sur la production intérieure de manière à créer une économie autocentrée. José NAWEJ


La part de Muzito

Si l'échec est orphelin, le succès ne compte pqsde géniteurs, tant ils sont nombreux. L'atteinte du point d'achèvement de l'initiative Ppte par la Rdc justifie cette sagesse populaire. Tout le monde revendique la victoire. Avant même que les institutions de Bretton Woods n'aient notifié officiellement Kinshasa, des forces politiques de la Majorité ont rivalisé d'imagination pour récupérer ce haut fait d'arme. Avant même que le Gouvernement congolais n'ait annoncé la bonne nouvelle, des ténors de la Majorité ont vite fait de brandir le trophée. Ironie de l'histoire : les plus critiques de l'action du gouvernement auront été les plus prompts à s'approprier le satisfecit du binôme Fmi-Bm. Soit. La nature est ainsi faite. Le principal étant le point d'achèvement.
Pour autant à tout seigneur, tout honneur, dit-on. L'admission de la Rdc à l'initiative Ppte est d'abord la victoire de deux hommes: Joseph Kabila et Adolphe Muzito. Le premier pour avoir tracé les grands axes de la politique gouvernementale et le second pour sa capacité à mettre en musique la symphonie présidentielle. En empruntant au registre architectural, on parlerait du maître d'ouvrage et du maître d'œuvre.
Homme au triomphe modeste-à l'instar du Raïs-Adolphe Muzito peut, pourtant, boire du petit lait. Il a toutes les raisons du monde de le faire. Un insuccès du gouvernement sur le front du point d'achèvement aurait été mis sur son dos. Normal.
Symétriquement, la paternité de la victoire de Washington revient au gouvernement Muzito. De fait, quand on aura tout oublié du passage d'Adolphe Muzito à la Primature ; quand on aura soldé tous les comptes de la mandature Palu à la tête du Gouvernement; quand on aura fini de diaboliser, humilier, jeter en pâture l'honneur de Muzito, il restera bien une chose : le point d'achèvement. L'Histoire retiendra qu'un Premier ministre aura donné un contenu à tous les sacrifices endurés des décennies durant au nom de la rigueur imposée par le Fmi. Ce premier ministre que personne n'attendait ni ne voyait venir aura donc été l'un des rares à laisser des traces positives. Patrice Lumumba était l'homme du mythe fondateur de l'indépendance, Moïse Tshombé, version 1964, était l'architecte de la normalisation et du pouvoir d'achat. Après, viendront les années Mobutu et la longue transition au courant desquelles des premiers ministres-à l'exception de Lunda Bululu avec le fameux pont sur la Makelele- ont promis, sans résultat à l'arrivée, monts et merveilles. Du Mpiodi dans l'assiette du plus démuni de Jean Nguz au sourire de Faustin Birindwa.
A moins d'un an de la fin de la législature, Adolphe Muzito aura achevé de mériter son rôle d'homme de mission. Dans l'ombre tutélaire du géant Gizenga, au cœur du dispositif gouvernemental mis en place par Kabila, Muzito, sans triomphalisme, aura déjà mérité et du Palu et de la Majorité.
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José NAWEJ


Une success story à capitaliser

Pour Joseph Kabila, les festivités du cinquantenaire s'apparentent à une vraie success story. Kinshasa avait mis un point d'honneur de voir le Souverain belge rehausser de sa présence le jubilé d'or de l'indépendance. Pari gagné. Le Roi Albert II dont on disait qu'il allait faire un voyage-éclair aura séjourné à Kinshasa quatre jours durant. Tout un message. Outre le couple royal belge, la quasi totalité de chefs 'Etat de la région ont répondu à l'invitation du Raïs congolais. Le rwandais Kagame et l'ougandais Museveni ont enfin refoulé le sol kinois après plus d'une décennie de brouille avec la Rdc. Il n'y a pas meilleure illustration de la normalisation des rapports dans les grands lacs.
S'il a joué la carte de la paix, Joseph Kabila, émanation de l'armée, n'a pas oublié le dicton selon lequel "qui vis pacem, para bellum".Le défilé monstre sur le boulevard Triomphal a tourné en une démonstration de forces. Les hommes de troupes ont battu le pavé. Mais on a surtout relevé l'impressionnante armada qui a clos la partie militaire du défilé. Sans doute qu'au seuil de son cinquantenaire, la Rdc n'entend plus être ce ventre mou ou cet espace où tous les bellicistes en mal de convoitises pouvaient investir une partie du territoire sans le moindre souci.
A l'interne, le Raïs a aussi de quoi ne pas bouder son plaisir. Les très difficiles Kinois n'ont pas été indifférents au jubilé d'or du cinquantenaire. Certes, pour une fête nationale, on peut déplorer l'absence aux festivités de certains ténors de l'opposition républicaine. Mais, à en juger par la mobilisation et la ferveur populaire constatées aux abords du Triomphal et à l'occasion de l'accueil du couple royal belge, on peut affirmer que Kinshasa la boudeuse n'a pas boycotté le 30 juin. Il est vrai aussi que le volet infrastructures des cinq chantiers commence à être de plus en plus visible dans la capitale. Du reste, le Président a opportunément inauguré quelques réalisations à la veille du jour-j.
Et lorsque dans son message à la Nation, Joseph Kabila rend hommage notamment à Kasa-Vubu et Mobutu, il jette un pont entre son bloc nationaliste et l'autre vieille famille politique du pays. Un pan de frustrations historiques est tombé. D'autant que dans la foulée du Cinquantenaire, le président a inauguré le monument érigé en mémoire de Joseph Kasa-Vubu.
En un mot comme en mille, Joseph Kabila a réussi son coup. A charge maintenant à ses collaborateurs et aux autres institutions de capitaliser ce haut fait. Cela pose le sempiternel problème de suivi. Est-ce que la modernisation de Kinshasa va se poursuivre? Est-ce que l'autorité urbaine va rester en éveil ou retomber dans sa léthargie? Est-ce que le militaire ou le policier nouveau incarné par la nouvelle tenue va tuer définitivement le vieil homme d'hier ? Le nécessaire aggiornamento historique opéré par le Président en personne sera-il traduit en actes? Bref, est-ce que l'après cinquantenaire sera différent de l'avant jubilé d'or ? C'est à l'aune de cette interrogation que le monde entier jugera la Rdc. C'est aussi par la capacité du pouvoir rd-congolais à maintenir ou pas la dynamique du renouveau que la majorité silencieuse jugera la classe dirigeante lors de prochaines élections.
José NAWEJ


Chantiers: Et l'arrière-boutique?

C'est la dernière ligne droite pour l'horizon 30 juin. Dès ce lundi 28 juin, Kinshasa va commencer à accueillir ses hôtes de marque ou leurs missi dominici. A quelque cinq jours du jour j, les préparatifs s'accélèrent. Sur les différents chantiers, Chinois et Congolais travaillent de jour comme de nuit. Les boulevards du 30 juin et Triomphal se sont refaits une jeunesse. Des immeubles longeant certaines artères ont enfin reçu une couche de peinture. Gros pourvoyeur de la crasse qui infeste Kinshasa, le Grand marché pourrait être nettoyé. Peut-être au kärcher, pour paraphraser le Président français Sarkozy quand il parlait des banlieues. Bref, pour fêter les 50 ans d'indépendance, Kinshasa fait peau neuve.
Cette amorce de la modernisation de la capitale congolaise ne devrait, cependant, pas être une espèce de cache-misère. S'il faut se féliciter de ce qu'un pan de cinq chantiers commence à devenir une réalité à Kinshasa, il n'en demeure pas moins que les travaux en cours semblent dictés, pour l'essentiel, par les impératifs du cinquantenaire. C'est autour des axes liés, d'une façon ou d'une autre, aux festivités du jubilé d'or de l'indépendance que se concentrent les travaux. Même le réveil de l'autorité urbaine, d'ordinaire pas spécialement visible sur le front de la voirie, paraît s'expliquer davantage par l'enjeu du cinquantenaire que par l'obligation d'assainir la ville. Autrement, la salubrité publique ne devrait pas passer pour une campagne médiatique lancée à la veille du 30 juin.
De ce point de vue, le vrai test se passera après la commémoration du cinquantenaire. L'on verra bien si la reconstruction à marche forcée va se poursuivre. L'on sera curieux de voir la suite à donner à l'assainissement de la capitale. Car, ce pays est plein d'initiatives sans lendemain. Que d'opérations de salubrités publiques qui n'ont duré que l'espace d'un matin! De "Kin bopeto" à "kanga vagabond" en passant par "ramassage des sachets", autant de campagnes qui se sont vite muées en slogans creux.
De plus, pour importante qu'elle soit, la restauration de principales artères ne devrait pas voiler les urgences sociales quotidiennes de Kinshasa profond. Il s'agit, notamment, de l'eau, de l'électricité et du transport en commun. La réfection du prestigieux boulevard du 30 juin peut même paraître comme le cadet de soucis du Kinois du crû de la Tshangu qui n'a que faire de la plus belle avenue du pays.
Croisons les doigts pour que l'élan pris en prévision du cinquantenaire s'installe dans la durée et affecte aussi l'arrière-boutique que sont ces quartiers populeux où vivent les vrais gens. C'est à cette condition que les sceptiques de raison que sont devenus les Congolais se convaincront que, cette fois-ci, les pouvoirs publics ont intégré l'hymne national en prenant le plus bel élan. José NAWEJ


30 Juin: Au-délà de la fête

Dans moins de deux semaines, c’est le 30 juin. Le compte à rebours a déjà commencé. Kinshasa ingurgite sa cure de jouvence et de modernité à forte dose. Les Chinois sont sur le point de finir de bâtir la place Tien Anmen, version congolaise en un temps record. C’est une capitale rd congolaise reliftée qui accueillera les hôtes de marque au premier rang desquels le Roi Albert II de Belgique.
Un demi siècle dans la vie d’un homme comme dans celle d’une nation n’est pas rien. ça se fête ou, à tout le moins, ça se célèbre. Manifestement, le décor de la fête se met en place à Kinshasa. Elle promet même d’être grandiose, cinquantenaire oblige.
Tout le problème sera de veiller à ce que les agapes du pays légal ne masquent pas le nécessaire débat sur 50 ans de gâchis. Car au lendemain du 30 juin , le pays réel va se réveiller avec ses sempiternelles angoisses existentielles. Les plus nostalgiques allant jusqu’à se demander à quand la fin de l’indépendance. Une manière-sans doute maladroite-de regretter ce bon vieux temps colonial où les services essentiels publics étaient à la portée du plus grand nombre.
Nous voici au coeur du vrai enjeu de ce cinquantenaire. Qu’avons-nous fait de 50 ans d’indépendance, si tant est que ce pays se soit vraiment comporté en nation indépendante. Avons-nous dressé nos fronts? Avons-nous, ne fût-ce qu’entrepris de bâtir un pays plus beau qu’avant? Point besoin d’être clerc pour répondre par la négative à ces deux interrogations tirées de notre hymne national.
Alors, pourquoi 50 ans après notre accession à la souveraineté internationale, nous sommes encore loin des idéaux-par moment même en contradiction-professés dans notre chanson nationale? Plus que la fête-qui est légitime-la réflexion autour de ces questionnements semble la meilleure façon de célébrer le 30 juin. Il s’agit d’engager un débat citoyen de fond sur les raisons de l’échec collectif de 50 premières années de la RDC et de baliser l’avenir.
Cette barza devrait impliquer toutes les forces vives. Le commissariat général du cinquantenaire s’est, certes, essayé sur ce terrain. Mais, l’exhibitionnisme et le voyeurisme bien de chez nous l’ont emporté sur le nécessaire débat de fond attendu. Sans cette catharsis nationale, l’électrochoc pour repartir du bon pied fera défaut. Et la parade du 30 juin, les dîners de gala et autres garden parties prévus ce jour là s’ajouteront à la longue liste des festivités gigantesques que ce pays organise avec brio depuis les années Mobutu. José NAWEJ


Une grève-couperet

Silence de cimetière dans la Fonction publique. Pas un seul bureau d’ouvert hier dans l’administration publique. A la Justice, aux Affaires étrangères... pas l’ombre d’un fonctionnaire. Même le service minimum n’est pas au rendez-vous. On l’aura compris: le mot d’ordre de grève est suivi à la lettre par les agents de l’Etat.
Laissés pour compte de tous les régimes, les fonctionnaires recourent pour la énième fois au débrayage pour essayer de se faire entendre. Depuis l’arlésienne Mbudi, les agents de l’Etat ont leur unité de mesure: l’application progressive de Mbudi ou rien. A peine ont-ils appris que leurs boss-entendez les secrétaires généraux-ont été augmentés qu’ils réclament qu’il en soit de même pour toute la Fonction publique. Ce qui n’est que logique, voire justice.
Vu du gouvernement, cette grève de fonctionnaires tombe à un pire moment. A quelque deux semaines de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance, le débrayage du bras séculier de l’Etat sonne mauvais.
Ce n’est pas tout. Cette grève se traduit par quantité de désagréments pour les usagers du service public que nous sommes tous. Impossible de se procurer un document administratif par les temps qui courent. En proie à une kyrielle d’autres soucis, les Congolais avaient besoin de tout, sauf d’un supplice de plus, voire de trop. Pas besoin d’être devin pour parier que si rien n’est fait, la fête du 30 juin aura un goût bien amer encore.
Il devient donc urgent de décanter ce débrayage. Certes, il serait démagogique de promettre le paradis social dans un désert économique, le bonheur des fonctionnaires comme celui de tous les Congolais passant par la production. Laquelle est anecdotique 50 ans après l’indépendance. En plus, les contraintes inhérentes au programme avec les institutions de Bretton Woods ne laissent pas les coudées franches à l’Exécutif congolais dans le domaine de l’augmentation de salaires.
Reste qu’ il est du devoir du gouvernement de trouver ne serait-ce qu’un début de solution aux revendications légitimes des agents de l’Etat. Il est possible , moyennant la réduction du train de vie de l’Etat et de ses dépendances, de trouver des ressources substantielles à allouer aux fonctionnaires. Et la RDC ne serait pas le premier pays à mettre au régime les bonzes de son appareil d’Etat. Dans nombre des pays de la riche Europe, ministres, députés... se délestent d’une partie de leurs émoluments pour s’appliquer à eux-mêmes d’abord la rigueur. Il est vrai que les économies résultant de la cure d’amaigrissement du Congolais d’en haut ne saurait suffire à booster le revenu du fonctionnaire ,mais il démontrerait la volonté du gouvernement de requalifier progressivement la condition de l’agent de l’Etat.
En tout cas, FMI ou pas FMI, production ou pas production, le Gouvernement est dans l’obligation d’agir. José NAWEJ


Où vont nos «oncles»?

Impossible de ne pas faire un coucou à nos «chers» oncles-noko en lingala-au lendemain des législatives. Un scrutin qui a confirmé ce que d’aucuns redoutaient: le pronostic vital de la Belgique que l’on disait entamé. Les résultats des élections parlementaires ne donnent plus cher l’avenir de la Belgique en tant qu’Etat composé de trois communautés linguistiques. Le nord néerlandophone a carrément adoubé la Nouvelle alliance flamande (Nva), un parti ouvertement séparatiste. Cette victoire de la droite nationaliste flamande signifie que la Flandre, dans sa quasi-majorité, penche pour au mieux un Etat confédéral et au pire une séparation d’avec le sud francophone. Dans un cas comme dans l’autre, la Belgique ne sera plus tout à fait la Belgique. A la suite du succès électoral du Nva, plus rien ne sera comme avant. Déjà, immédiatement après son triomphe du 13 juin, Bart De Wever, leader de la Nva, a entonné non la Brabançonne, mais l’hymne des nationalistes flamands. Tout un message.
A l’allure où se répandent les thèses séparatistes en Flandre, le scénario d’une Belgique scindée en deux pays ou dans la meilleure des hypothèses ressemblant à la confédération suisse n’est plus une vue de l’esprit. Car, dans ce pays, la fracture linguistique s’avère chaque jour plus importante que les divergences politiques et idéologiques. La crise institutionnelle-en termes plus clairs les bisbilles entre Wallons et Flamands-l’emporte sur les difficultés économiques qui frappent les pays européens.
Le vent séparatiste qui souffle sur la Belgique pourrait à l’avenir avoir des répercussions sur la Rdc. Une Belgique émasculée par une énième réforme de l’Etat pèserait encore moins dans l’escarcelle rd-congolaise. D’autant que le gros du budget fédéral provient de cette même Flandre, si peu encline au maintien de la Belgique dans sa configuration actuelle. Il est loin le temps où les rapports de force entre les deux communautés penchaient en faveur des Wallons. Fort de leur supériorité tant économique que numérique les Flamands entendent vider l’Etat central belge de l’essentiel de sa substance. La nette victoire des natinonalistes de la Nva n’est pas faite pour infléchir les positions maximalistes du noyau dur flamand.
Question: faut-il entonner le requiem pour la Belgique? Peut-être pas encore. Peut-être même que le Royaume va survivre à cette poussée identitaire flamande. Mais, une chose est sûre, si le Roi Albert II peut célébrer avec les Congolais le cinquantenaire de leur indépendance, il devient de moins en moins évident que l’ancienne puissance coloniale fête unie son bicentenaire en... 2030. José NAWEJ


Exit l'afropessimisme

Depuis le 11juin, l'actualité mondiale est sportive. Le football s'invite ou s'impose dans chaque journal télévisé, dans tous les tabloïds, du plus prestigieux au dernier de la presse people. C'est cela la magie du mondial. Cette compétition planétaire qui réunit, tous les quatre ans, les kracks du foot et qui fait du pays qui l'organise l'épicentre du monde. Pour cette édition, la dix-neuvième du genre, c'est un pays africain qui a l'honneur et le privilège d'héberger le gotha du football mondial. Ainsi depuis quatre jours, l'Afrique du Sud-est au devant de l'actualité. Pour une fois, le continent noir n'intéresse pas le reste du monde "civilisé" pour ses guerres civiles, ses coups d'Etat ou encore ses famines chroniques. Une image réductrice que le Nord se plaît à donner de l'Afrique. Un cliché qui nourrit constamment tous ceux qui, dans les ex-métropoles coloniales, continuent de considérer les Africains comme des enfants qu'il faut toujours coacher.
Cet afro-pessimisme est tel que l'Afrique n'est vue outre Méditerranée et outr'Atlantique que sous le prisme du chaos. Un jeune européen type qui débarque sur le continent s'attend à vivre de visu cette horreur absolue que ses médias lui rapportent journellement sur l'Afrique. Certes, le Continent charrie certaines contradictions d'un autre âge. Il est vrai qu'à cause des dirigeants peu aptes à gérer la chose publique, nombre de pays africains accusent des retards en matière de développement. Même si l'Occident n'est pas tout à fait étranger à ce mal africain.
Mais, il n'en demeure pas moins que l'autre Afrique existe. C'est cette facette du continent que l'Afrique du sud montre au monde. Une Afrique qui entreprend, qui innove, relève des défis...Non, l'Afrique du sud n'est pas qu'un pays où on dénombre une cinquantaine d'homicides par jour ! C'est aussi et surtout un pays émergeant, capable d'organiser avec brio une manifestation planétaire comme le mundial. De la cérémonie d'ouverture très africaine aux matches d'hier dimanche, rien à dire. L'Afrique a su relever les défis infrastructurel, technologique, logistique, financier et managérial que requiert une compétition de ce genre. Bref, les choses se passent comme elles se seraient déroulées dans n'importe quel pays développé.
D'ores et déjà, s'il est une nation victorieuse du championnat en cours, c'est bien le pays de Nelson Mandela et, par extension, le continent tout entier. Sans préjuger de la suite de la compétition, l'Afrique a déjà marqué le but que d'aucuns attendaient d'elle, celui de prouver à l'humanité que le continent noir n'est pas qu'un espace de toutes les catastrophes et autres calamités. José NAWEJ


Les leçons d’un meurtre

Et si, après des torrents de larmes consécutives au meurtre de Floribert Chebeya ,on pouvait tirer des leçons pour l’avenir et notre devenir collectif! La première, c’est que la vie de l’homme-tout homme-est sacrée. Enseigné dans toutes les morales, ce principe semble aller de soi. Mais on assiste, hélas, à une espèce de bannalisation de l’acte de donner la mort. Chebeya, Botheti, Ngyke, Namujimbo... doivent la médiatisation de leur tragédie à la notoriété dont ils jouissaient. Et que dire de tous ces compatriotes anonymes fauchés à huis-clos? Ces citoyens lambda que l’industrie de la mort renvoie dans l’au-delà dans l’indifférence la plus totale!
Dans la plupart des cas, ce sont des hommes en uniforme qui décident de mettre un terme à la vie de leurs semblables. Cela pose le problème du rapport entre le citoyen et l’Armée ou la Police. En somme, son Armée et sa Police. Car ces deux corps n’existent que pour et par les contribuables et donc la société. Seulement voilà, une culture héritée de l’époque coloniale et perpétuée avec un rare talent par l’armée et les autres services de sécurité sous Mobutu veut que le militaire ou le policier soient perçus le citoyen comme un épouvantail. Mieux, comme un bourreau. Apparemment, cette perception semble loin de s’estomper. Et certains de nos agents de l’ordre-pas tous- ne font rien pour normaliser les relations entre l’Armée ou la Police et les citoyens appelés souvent avec condescendance «civils». La regrettable «affaire Chebeya» n’est sans doute pas de nature à plaider pour une plus grande confiance du citoyen dans ceux -là même dont vocation est de le protéger. Puisse la mort de Floribert Chebeya augurer un aggiornamento dans le comportement tant décrié de certains de nos hommes en uniforme.
Une autre leçon c’est par rapport à la classe politique dans son ensemble. Certes, en politique on ne se fait pas de cadeau. Il est vrai aussi que la politique est le lieu par excellence de coups bas. Seulement, il y a tout de même une ligne jaune à ne pas franchir. La morale publique, l’éthique, le respect dû au mort - une des vertus cardinales des valeurs africaines-sont autant de barrières qu’on ne saurait enjamber au nom de la politique ou même de la raison d’Etat. Dans la tragédie Chebeya en cours, certains de nos hommes politiques et des activistes de droits de l’homme y ont trouvé matière à s’offrir en spectacle. Saluer la mémoire de l’illustre disparu, condamner l’acte ignoble, en appeler à une commission d’enquête indépendante sont autant de postures normales dans cette circonstance. Mais de là à surfer sur l’indignation générale pour régler ses comptes politiques ou suggérer des programmes de funérailles folkloriques, il y a tout un pas que la décence devrait conseiller de ne pas franchir.
José NAWEJ


Mort dans les têtes ?

Est-ce vraiment la reprise en mains ou une simple immersion dans les dédales de l’AMP, le temps d’y éteindre l’incendie? C’est sans doute là la question politique de la semaine. En tout cas, Joseph Kabila, tel un sapeur pompier, vient de maîtriser, en un temps record, le feu qui menaçait de consumer le labyrinthe AMP. Symétriquement, les parents du déjà ex-Clp ont juste eu le temps de présenter leur rejeton qu’ils devaient eux-mêmes l’immoler! Tel un météorite, le Clp n’a duré que le temps de l’éclair. Reste à savoir si, après avoir tué le CLP sur papier, ses géniteurs l’ont aussi évacué de leur tête. Pas si évident. Le caractère composite de l’AMP prédispose cette plate-forme à tout, sauf à une cohérence de vision sur le long terme. Heureusement, s’exclameraient ses partisans, la législature tend inexorablement vers sa fin. Moment indiqué pour une autoévaluation générale et pour le nécessaire réajustement des alliances en fonction davantage des affinités idéologiques que de simples combines arithmétiques. Car, la Majorité souffre fondamentalement de l’absence d’un fond idéologique commun. En 2006, des opportunistes de tous bords ont rejoint le Président Kabila, non sur base d’un contrat d’adhésion à une vision, mais pour se retrouver -ou se maintenir- dans les cabinets douillets du pouvoir. Qu’importe si Joseph Kabila soit d’obédience socialisante ou se réclame de la lignée lumumbiste.
Certes, à l’heure de la mondialisation, les idéologies font de plus en plus bon ménage avec le pragmatisme. En Grande-Bretagne, les Conservateurs et les Libéraux-démocrates ont trouvé un compromis de gouvernement. Jusqu’il y a peu, les chrétiens-démocrates ( droite) et les sociaux-démocrates (gauche) allemands ont géré la première puissance économique européenne. Un bémol tout de même à ces deux exemples. Dans les deux cas, il s’agit d’un accord où les partis de la coalition élaborent ensemble un programme de gouvernement auquel ils sont liés. Jamais, on ne verra le libéral-démocrate Clegg critiquer l’action de son propre cabinet!
On est là à mille lieues de la tragi-comédie qui se joue sous les tropiques où un ministre peut prendre, sans la moindre gêne, des libertés avec la sacro-sainte solidarité gouvernementale pour tirer contre son propre camp. Et ce, sans envisager de démissionner.
Tout le problème c’est que l’AMP, à l’instar de nombre de plate-formes zaïro-congolaises, est un agrégat de personnalités politiques que n’unit que la perspective d’exercice du pouvoir. Hier, par exemple, l’anti-mobutisme primaire ou feint avait fait office d’idéologie pour l’Union sacrée.
Moralité, le très éphémère CLP n’est qu’un succédané de tous ces regroupements qui naissent et périssent au gré des calculs politiciens de leurs auteurs. L’avènement des plates-formes à soubassement idéologique constituerait le début d’antidote à ce cirque politique. . José NAWEJ


Le message d'outre-tombe du CLP

Selon plusieurs sources croisées, les choses sont revenues à la normale à l'Amp. Le désormais célèbre quatuor devrait rentrer dans les rangs. Tant mieux si la stabilité de la coalition est sauve. A quelques encablures d'une échéance cruciale et d'un rendez-vous historique pour le pays, les turbulences au sein de la principale composante de la majorité étaient pour le moins mal venues. D'autant que deux des ténors du futur ? Ex-CLP sont au gouvernement depuis le début de la législature ! Ils ne peuvent donc pas enfiler le costume de censeur de leur propre action. C'est le boulot de l'Opposition.
Pour autant, lorsqu'on aura fini de rabrouer, et de recadrer les initiateurs du Centre libéral et patriotique, une question vaudra bien la peine d'être posée: quid du fonctionnement de l'Amp ? Et si en dehors du vagabondage proverbial de la classe politique congolaise et de la course effrénée au pouvoir pour le pouvoir, les ressorts du forcing du "Quatuor" trahissaient aussi le déficit de concertation au sein de l'Amp ? Et si, outre nos petites cuisines internes, la création du CLP était une alerte par rapport au big-bang du paysage politique en prévision de 2011 ? Sachant que trois de fondateurs du Clp sont connus pour être adossés à certains partenaires.
N'importe comment, la tempête soulevée par ce que d'aucuns appellent "la bande de quatre" devrait permettre à l'autorité morale et aux plénipotentiaires de l'Amp de se dire des vérités. Autant dans l'entre deux tours de la présidentielle et au début du quinquennat, l'Amp a fonctionné comme une structure politique, autant depuis quelque deux ans, l'Alliance semble tourner au mieux comme une cellule technique et au pire comme un club d'amis.
Il est difficilement compréhensible que le noyau même de la coalition au pouvoir soit dépourvu d'un leadership à même de faire l'interface entre les sociétaires et l'autorité morale ! Ce déficit de connexion entre les technocrates de l'avenue Lukusa et la Haute hiérarchie n'est pas de nature à faciliter la communication. C'est précisément sur le déficit de contact que certains manipulateurs patentés ont surfé pour alléguer que le Raïs aurait avalisé et la création du CLP et la motion de censure contre le gouvernement Muzito.
Il a donc fallu que le Président en personne descende dans l'arène pour éteindre le feu. Preuve par l'absurde que la gestion de l'Amp par procuration est contre productive. Moralité: l'Autorité morale devrait, plus que jamais, coacher personnellement sa plate-forme politique, recevoir sans intermédiaire chacun des éléphants de l'Amp. Cela couperait de l'herbe sous les pieds de tous les opportunistes qui invoquent abusivement "le Chef"pour accomplir leur imposture. José NAWEJ


Parfum de rébellion et "motionnite"
(25/05/2010)

Si ce n'est pas encore la chienlit dans le microcosme politique, ça y ressemble fortement. L'hémicycle devenant de plus en plus une espèce de Canossa pour les membres du gouvernement,-en ce compris le premier d'entr'eux. La tribune de la Chambre faisant de plus en plus penser à la guillotine. Le pourtant nécessaire contrôle parlementaire qui tourne de plus en plus à de la vendetta. Certains députés vont jusqu'à proférer des menaces...de motion aux ministres!
Ce n'est pas tout. La Majorité elle-même n'est plus ni un modèle de cohérence, ni un exemple de cohésion. Ici, on tire à hue et à dia. Il est loin le temps où la Majorité faisait bloc à la Chambre lors des grands enjeux. Il n'y a qu'à se rappeler le grand chelem remporté par la coalition Amp-Palu-Udemo à l'élection du premier bureau de l'Assemblée nationale. Rebelote pour l'avènement du bureau Boshab. Même chose à l'occasion de l'investiture de Gizenga. Idem pour l'intronisation de Muzito. Voilà que depuis la motion initiée par Jean Lucien Bussa, la Majorité n'est plus la majorité. Des liaisons- dangereuses?-s'établissent entre certains sociétaires de l'Amp et l'Opposition parlementaire. La faute sans doute au caractère extraordinairement hétéroclite de la principale composante de la coalition au pouvoir. La faute sans doute aussi à la politique du tube digestif qui tient encore lieu de boussole pour nombre d'acteurs zaïro-congolais.
Tout le problème, c'est que ce tohu-bohu mis ensemble avec la "motionnite" que se transmettent les députés à la vitesse grand V pourrait finir par obstruer la marche des affaires de l'Etat. Le pays s'installerait alors dans l'effervescence politicienne. Un véritable luxe pour un pays qui se trouve à la veille d'importantes échéances. Un vrai gâchis pour une démocratie encore embryonnaire, dépourvue d'une administration susceptible de tenir le pays. Un préjudice pour le chef de l'Etat dont la perspective de la reddition des comptes à l'échelle nationale approche.Patron de la majorité, Joseph Kabila risque bien de se voir contrarié par ce que le Général De Gaulle appelait "le régime des partis".
Certes, on n'est pas encore dans ce cas de figure. On s'en rapproche si rien n'est fait pour recréer l'unité dans les rangs de l'Amp. Issu d'une culture et d'une école où l'ordre est la base de tout, le Raïs pourrait faire le ménage à sa manière. Après tout, le Président peut bien recourir à la dissolution de la Chambre. Cet exercice serait tout aussi constitutionnel que les motions qui pleuvent sur les têtes des membres du gouvernement.
José NAWEJ


Amp, ce panier à crabes!
(24/05/2010)

Près de vingt après, la sentence-fort peu flatteuse- du sénégalais Abdoulaye Wade sur la classe politique zaïroise semble n'avoir pas pris la moindre ride. Le scandale de la liste de signataires de la fameuse motion anti-Muzito n'a pas encore fini de discréditer l'opposition qu'une affaire aux allures d'une arnaque met sens dessus dessous la Majorité. Il s'agit de ce mot d'ordre imaginaire attribué au Raïs selon lequel il aurait avalisé la chute d'Adolphe Muzito via la motion de censure en gestation.
Juste une manœuvre pour certains bonzes de l'Amp d'accomplir enfin leur dessein : éjecter le locataire de l'avenue Roi Baudouin-siège de la Primature-et couper Joseph Kabila de son allié naturel qu'est le Palu. La mayonnaise n'a pas pris. Depuis samedi soir, ceux de députés de la majorité ayant mordu à l'hameçon, sont en train de se raviser. L'énième coup fourré de ceux qui ont du mal à ronger leurs freins sur le front d'ambitions personnelles a fait un flop.
Voilà qui remet sur le tapis la sempiternelle réputation passablement médiocre de la classe politique zaïro-congolaise. Comment comprendre que des élus de la Majorité fassent chorus avec ceux de l'Opposition pour censurer le gouvernement? En somme, leur cabinet. Au fond, cela reviendrait à dire que l'Amp-du moins les partisans de cette option-souscrirait au verdict archinégatif de l'Opposition parlementaire à l'encontre du Gouvernement et donc du Président Kabila! Cela s'appelle tirer dans son propre camp. Peut-on rêver un seul instant d'une motion de censure initiée par les Socialistes français être votée par les conservateurs et les libéraux (regroupés au sein de l'Ump) au pouvoir à Paris! Ce serait une première en parfaite contradiction avec et l'esprit et la logique même des fondamentaux du régime qui fonde la cinquième République. Puisqu'on n'a pas inventé la roue en la matière, notre Constitution est une version à peine tropicalisée de la Loi fondamentale française. Par conséquent, on ne voit pas au nom de quelle rationalité la majorité s'offrirait en holocauste sur le bûcher préparé par l'Opposition. C'est à cette auto-flagellation politique unique en son genre qu'un groupe de plénipotentiaires de l'Amp a voulu soumettre la Majorité.
Avec les élections de 2006, on avait toutes les raisons de croire que la Rdc avait cessé d'être un pays sui generis. Force est de constater que non. Difficilement solubles dans la normalité, nombre d'acteurs politiques reproduisent avec un rare talent toutes les tares qui nous ont valu les " compliments" de tous les médiateurs qui ont fait l'immersion dans notre agora politique.
Encore en gestation, la motion annoncée contre le cabinet Muzito provoque déjà dans la Majorité un numéro de cirque dont on pouvait rire en d'autres circonstances. Or, l'état du pays requiert tout, sauf des postures comiques. En plus, la Rdc négocie des échéances qui ne l'autorisent pas à s'installer complaisamment dans le "Théâtre bien de chez nous".
José NAWEJ


Ituri, un silence inquiétant
(12/05/2010)

Qui a dit que la Rdc avait cessé d'être un pays sui generis ? D'aucuns pensaient qu'à la suite des élections de 2006, le Congo-Zaïre allait divorcer d'avec la fameuse exception congolaise.Que non.Le spectacle-au propre comme au figuré-dont nous gratifient les élus de l'Ituri est une espèce de preuve par l'absurde que le pays demeure l'espace de tous les anachronismes et autres anomalies. Voilà des parlementaires -et donc-des garants de la loi-menacer d'ériger leur district en province avec ou sans l'aval de Kinshasa!
A ce niveau, la question n'est pas tant d'épiloguer sur les motivations de ces élus. Le problème est d'abord de s'en tenir aux lois de la République, mieux au sacré. Est-ce concevable que des députés puissent s'arroger le pouvoir de décréter le passage d'un district à une province comme viennent de le faire presque les élus de l'Ituri ? Est- ce normal après pareille forfaiture que les institutions républicaines-en ce compris les deux chambres du Parlement-puissent briller par une indifférence inexplicable? "Circulez, il n'y a rien à voir", semble être la réponse du pouvoir central. Cette posture passive est susceptible de donner des idées aux autres apprentis-sorciers.
La Constitution a, il est vrai, consacré le découpage territorial. Seulement voilà, en fixant l'ajustement administratif de provinces à maximum 36 mois après l’installation des institutions de la République, les concepteurs de la Constitution ont péché par irréalisme, s'ils n'ont pas tout simplement été guidés par le sempiternel repositionnement qui colle à la peau des politiques zaïro-congolais.
Comment concevoir que dans un pays sans infrastructures et exsangue financièrement on pouvait décréter l'érection de 26 provinces au terme de trois ans ?
Ces évidences ne décourageront cependant pas tous les roitelets qui peuplent l'espace politique congolais. Les futures nouvelles provinces représentent l'ultime chance de se faire appeler qui "Excellence monsieur le gouverneur" qui "Excellence monsieur le ministre" qui encore "honorable député"...Dans un pays où les responsabilités politiques sont moins une charge qu'une rente de situation l'on comprend dès lors que le découpage territorial à venir aiguise toutes les attentions.
Et dans cette équation, le peuple se voit une fois de plus instrumentalisé. A ce peuple à qui on a tout promis-y compris la lune-on fait miroiter le mirage du découpage. Comme s'il suffisait d'ériger un district en province pour que le miel commence à couler. Le sort des Congolais dépend plus de la qualité de dirigeants que de la forme de l'Etat.
José NAWEJ


Dérive à la Chambre!
(07/04/2010)

L Un dérapage de plus à la Chambre. Voire de trop. Après le Premier ministre, c'était le tour de sa ministre du Portefeuille de faire les frais de la dérive démocratique qui s'amplifie dans l'hémicycle. Un des piliers du nécessaire contrôle parlementaire, la question orale avec débat devient de plus en plus un bûcher pour immoler, à peu de frais, les adversaires politiques. En l'espace d'une semaine, les députés bembistes Bussa et Babala sont sortis du cadre strictement parlementaire pour porter des accusations individuelles respectivement au chef du gouvernement et à la ministre du Portefeuille.
Le mercredi 5 mai, Jeannine Mabunda a passé une sale soirée dans un hémicycle clairsemé. La très technocrate Mabunda a senti le sol se dérober sous ses pieds lorsque sortant des gongs, Fidèle Babala s'est mis à la revisiter. A sa manière bien sûr. Le speaker de la Chambre a dû recadrer le questionneur. Trop tard puisque le mal était déjà fait. Tout le problème, c'est que la conclusion de la question orale n'appelle pas de réplique. La ministre Mabunda n'avait donc plus la possibilité de réagir aux attaques de Babala. En somme, un remake de la plénière du 28 avril où Jean Lucien Bussa s'était livré au même exercice. Sauf que ce mercredi-là, l'élu de Budjala avait vidé son sac sans qu'on ne l'ait rappelé à l'ordre. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit bien d'une dérive susceptible de nuire à l'image de l'Assemblée nationale.
Certes, le président de la Chambre est revenu, mercredi dernier, sur les fondamentaux du contrôle parlementaire. C'est vrai que le député a vocation à demander des comptes aux membres de l'Exécutif. Mais, ce rôle du parlementaire est codifié par la Constitution et le règlement intérieur. Ce à quoi on assiste depuis deux plénières consacrées aux questions orales avec débat, ressemble davantage au règlement des comptes qu'à la reddition des comptes. A cette allure, il ne restera plus qu’à ouvrir toutes les vannes et faire de la tribune de l'hémicycle l'échafaud version Cns où le déballage -même sans preuve- tenait lieu de discours de politique générale.
De la sorte, on chercherait à conforter la thèse de ceux qui, à la cité, assimilent -sans doute à tort- les débats parlementaires à du théâtre qu'on ne se comporterait pas autrement. On chercherait à prêter le flanc à ceux qui se gaussent -à tort ou à raison- du niveau de notre classe politique qu'on n' agirait pas autrement.
Il appartient au bureau de l'Assemblée de ramener, une fois pour toutes, tous les députés à l'abc du boulot du parlementaire. Il en va de la sérénité des débats à la Chambre. Il en va aussi de la crédibilité même de l'institution parlementaire. José NAWEJ


Les vérités de Mashako
(06/04/2010)

Jeunesse, avenir du pays. Ce slogan martelé depuis les années Mobutu n'a pas pris la moindre ride. Tant l'équation "jeunesse" n'a jamais été résolue autrement que dans les discours des officiels. Faisant l'anatomie du cas Cidep hier à la Chambre, le ministre Mashako Mamba a remis sur le tapis la situation de nos universités, instituts supérieurs et autres grandes écoles. Dramatique, catastrophique, infernale. On peut multiplier à l'infini les adjectifs, aucun sans doute ne qualifierait mieux que les chiffres alignés par le ministre de l'ESU. Des chiffres qui font froid dans le dos. Des chiffres qui renseignent sur la démission coupable des pouvoirs publics vis-à vis de la jeunesse. Pas n'importe quelle jeunesse. Celle qui, précisément, est censée prendre la relève de la génération dirigeante actuelle. Et ce, dans tous les domaines.
Comment rêver en positif le futur d'un pays où des universités et instituts supérieurs poussent comme des champignons là où n'existent ni professeurs qualifiés, ni laboratoires, ni bâtiments ? Rien que pour le légendaire CIDEP, 7 professeurs pour plus de 40.000 étudiants!
Ayant décidément de la suite dans les idées, le ministre Mashako a rappelé fort opportunément que l'autorité budgétaire qu'est l'Assemblée nationale a alloué... plus d'un pourcent du budget à l'enseignement supérieur et universitaire!
Outre le cas emblématique du CIDEP, Mashako Mamba a "rerererelancé" un s.o.s pour l'Université de Kinshasa menacée de disparition du fait des érosions. Un danger mille fois décliné. Mais aucun début sérieux de solution jusqu'ici. Qu'adviendrait-il si l'université mère et toutes ses dépendances venaient à être emportées par les nombreuses têtes d'érosions? Déjà, les professeurs ont du mal à accéder à leurs résidences- au Plateau-en voiture. L'Ecole de santé publique et le Centre de recherche nucléaire(Cren) pourraient être rayés les premiers de la carte du campus universitaire. Une catastrophe dans la catastrophe.
Difficile, en cette année du cinquantenaire, d'inviter les jeunes à se projeter dans l'avenir si le présent, leur présent est loin d'être pris en compte. Surréaliste de parier sur une jeunesse dont sa fine fleur est en train de pâlir sous nos yeux.
A un peu moins de deux mois de la date jubilaire, le ministre de l'ESU a comme flanqué le miroir du secteur ultra stratégique que celui de l’enseignement supérieur à la Représentation nationale, toutes tendances confondues. Pas de quoi fêter. José NAWEJ


Mémoire courte
(03/05/2010)

Les initiés aux arcanes politiques congolais l'ont déjà senti. Un coup fourré contre le Palu est en gestation. Les commanditaires de cette cabale se recrutent au sein même de la Majorité. Les prémices de ce complot contre le parti d'Antoine Gizenga se traduisent par une campagne de presse où tour à tour les détracteurs du Palu prêtent à ce dernier le dessein de créer une plate-forme concurrente en prévision des échéances électorales...Le double but de la manœuvre : affaiblir le principal parti lumumbiste et casser l'axe Palu-Joseph Kabila .Cette alliance qui empêche tous les opportunistes du camp présidentiel d'accéder à la Primature.
Certes, la politique est tout sauf un dîner de gala. C'est le domaine par excellence de coups bas. Ce ne sont ni le vétéran Gizenga ni son fidèle lieutenant Muzito qui l'ignorent. Eux qui ont été formé à la dure. Seulement, quand «l'anti paluisme» primaire se décline au détriment des intérêts et de la Majorité et surtout de son chef, c'est que dans le camp présidentiel on se bat déjà au couteau.
Tout le problème est de savoir à qui profiterait le découplage Palu-Kabila. En tout cas pas au Raïs. Encore moins au aux forces nationalistes. Zoom sur 2006.Lorsque Joseph Kabila et Antoine Gizenga signent leur deal pour le second tour, ce n'est pas seulement pour des raisons électoralistes. C'est aussi pour conjurer la fracture Est-Ouest qui était manifeste au terme du premier tour de l'élection présidentiel. Il était apparu que le Président Kabila avait été boudé par ses compatriotes de l'Ouest. D'où le dévolu jeté sur le Palu-avec ses réserves de voix dans le Bandundu et à Kinshasa. Question: combien les adversaires du Palu originaires de l'Ouest - qui étaient déjà avec le Président-avaient apporté en termes de voix? Pourquoi ils n'avaient pas pu faire élire le Président au premier tour ?
Qu'on aime ou pas le Palu, force est de constater que ce parti dispose des assises sociologiques qui manquent cruellement à nombre de formations bon chic bon genre de la Majorité. Et l'étrange accalmie sur le front de la rue kinoise s'explique en partie par le fait qu'un des partis pourvoyeurs des contestaires -ces fameux braillards kinois- est au pouvoir. Et on ne peut pas en même temps tirer profit de la base du Palu et reprocher à ce parti d'être sectaire. Qui ignore que le parti d'Antoine Gizenga compte le gros de ses adhérents et sympathisants dans le Bandundu et les bas quartiers de la capitale ? Y aurait-il un mal à ce que ceux qui ont le plus contribué à la victoire du Palu soient les premiers à être récompensés ? Simple logique arithmétique en démocratie. Simple bon sens et réalisme politique. Là aussi, qu'on exagère rien. Le Palu a confié des ministères aussi importants que les Mines ou encore le Budget à des ressortissants d'autres provinces que le Bandundu.
Offrir en holocauste la tête de Muzito et faire une opa sur la majorité serait ouvrir une brèche dans la quelle s'engouffreraient tous ceux qui parient sur l'affaiblissement du pouvoir actuel à l'Ouest et surtout à Kinshasa. Au profit de qui ? FDA


Belgique: un conflit à l'africaine
(28/04/2010)

Impossible d'échapper au feuilleton belgo-belge par les temps qui courent. Pas un seul journal parlé ou télé de grands médias européens ne se décline sans les dernières sur la crise politique en Belgique. Idem pour les principaux tabloïds. BHV (Bruxelles Hal Vilevorde), Communes à facilité, flamands et Wallons, Open Vld, Cd&v...Bref, que de mots, de sigles qui cachent de plus en plus mal le fond du récurrent malaise chez nos "oncles".
En fait de crise politique, il s'agit de la sempiternelle querelle communautaire entre le Nord néerlandophone et le sud francophone. Preuve que la fracture dans cette crise n'est pas idéologique, on est loin, très loin même du cas de figure classique d'un duel Droite-Gauche. C'est plutôt l'ensemble de partis francophones qui font front uni contre la totalité des formations politiques néerlandophones. Libéraux, écolo, humanistes du Sud contre libéraux, chrétiens-démocrates et nationalistes du Nord.
Les chamailleries autour des communes situées dans la périphérie flamande de Bruxelles peuplée aussi de francophones -le fameux BHV- ne sont qu'une illustration grandeur nature du «je t'aime et moi non plus» auquel jouent, depuis des lustres, les deux principales communautés linguistiques. C'est là que, vu d'Afrique les bisbilles belgo-belges deviennent intéressantes. Car, sous couvert d'expressions pudiques du genre crise politique, questions communautaires... se déroule en réalité un conflit ethnique comme on en dénombre sur le continent noir. En somme, ces querelles qu'une bonne frange de l’opinion en Occident pense spécifique à l'Afrique. Avec en filigrane, ce jugement empreint de condescendance sur l'incapacité des Africains à s'émanciper de pesanteurs tribales ou ethniques.
Voilà qu'au cœur de l'Europe -au propre comme au figuré- un pays est en proie à une crise que les Africains connaissent trop bien. Seulement, à force de se le laisser répéter par les mentors du Nord, les habitants du Continent se sont laissés convaincre qu'ils avaient le triste monopole de conflits interethniques!
Certes, dans la très occidentale Belgique, il n'y a ni machette, ni lance, ni couteau, ni fusil pour en découdre entre Wallons et Flamands. Dieu merci, les scènes de ménage entre ces deux communautés linguistiques se règlent autour d'une table -le compromis à la belge- ou dans les urnes.
Reste que près de deux siècles de vie commune au sein d'un même Etat n'ont pas suffi à un pays industrialisé et démocratique par surcroît, comme la Belgique, de solder les rivalités ethniques. Un constat qui devrait amener les capitales occidentales et leurs techno-structures à être un tantinet modestes dans leur appréciation des conflits intercommunautaires ça et là en Afrique. José NAWEJ


Le «parti» de Kamerhe ...
(27/04/2010)

I Si Vital Kamerhe se fait rare dans les salons politiques kinois, son ombre n’en continue pas moins de planer sur la ville haute. Tout le week-end dernier, le microcosme politique congolais était traversé par des rumeurs sur la «sortie officielle» du parti kamerhiste. Ce parti politique annoncé de longue date mais dont l’archi élu de Bukavu n’a jamais ni confirmé ni infirmé non plus la gestation.
Alors, d’où vient que le cas Kamerhe demeure dans les esprits alors que l’intéressé n’est plus sous le coup des caméras et micros? Depuis son départ, mieux son éviction du perchoir, Vital Kamerhe est entré en hibernation. Quand il ne prend pas des cours du côté de Johannesburg, ce licencié en économie de l’Unikin prend ses quartiers dans ses fermes à la lisière de Kinshasa ou sur ses collines du Kivu. Possible qu’entre ces différents hobbies, Vital Kamerhe tisse sa toile d’araignée. Histoire de donner une suite à sa carrière. Une direction aussi? Laquelle? C’est tout l’intérêt des conjectures sur l’avenir politique de l’ancien speaker de la Chambre. Plus concrètement, Vital Kamerhe va-t-il rentrer dans les rangs kabilistes ou se frayer son chemin? C’est l’une des grandes questions de cette fin de quinquennat. Car, l’ancien feu follet du camp présidentiel n’est pas un politique ordinaire. Il y a en cet homme ce ressort qui fait qu’en politique certains acteurs sont plus égaux que d’autres.
Le problème n’est pas d’être pour ou contre Kamerhe. La question n’est pas d’aimer ou de détester l’ancien secrétaire général du PPRD. Il y a sans doute des raisons pour l’approuver comme pour le désapprouver. Seulement, quand on aura épuisé ces différentes postures s’imposera un fait, voire une évidence: Loin des lambris du pouvoir, l’étoile Kamerhe n’a pas été éclipsée. Sur la bourse politique, la valeur Kamerhe ne s’est pas dépréciée. De retour de Bukavu, un scientifique peu porté sur les joutes politiciennes zaïro-congolaises confie que dans la capitale historique du Kivu holding, Vital Kamerhe est loin d’être un has been. Bien au contraire. C’est tout dire. José NAWEJ


Une répression contre-productive
(26/04/2010)

Initiée pour saluer le vingtième anniversaire de l’acte fondateur de la démocratisation, la manifestation de l’opposition a été dispersée. Autorisée? Non autorisée? Cela importe peu. A l’heure de l’évaluation, c’est un mauvais signal que Kinshasa envoie à l’extérieur. Surtout en ce moment où les ONG des droits de l’homme déversent quantité de rapports les uns plus négatifs que les autres. Les derniers brûlots de l’incontournable Human Rights Watch et de l’International crisis group sont encore frais dans nos mémoires. Quand on connaît la connexion de ces ong avec les pays qui comptent, il y a de quoi s’inquiéter.
De ce point de vue, il apparaît clairement que la Rdc n’a rien à gagner en prêtant le flanc aux critiques d’organisations des droits de l’homme. En particulier, la dispersion des sympathisants de l’opposition contraste avec la sortie en fanfare, il y a trois semaines, du PPRD à l’occasion de son dixième anniversaire. Pourquoi refuser à l’opposition républicaine ce qu’on a accordé au principal parti de la majorité? On aurait voulu donner la preuve que la démocratie était à géométrie variable qu’on ne s’y prendrait pas autrement. On aurait voulu installer l’opposition dans le rôle enviable de martyr qu’on ne se procéderait pas autrement. On aurait voulu booster une opposition pas toujours à la hauteur des enjeux du pays qu’on ne s’y prendrait pas non plus autrement. Sous Mobutu, la répression systématique de l’UDPS avait eu notamment pour effet de faire la publicité gratuite du parti cher à Etienne Tshisekedi.
D’où la question: à qui profite le zèle de certains de nos agents de l’ordre et surtout celui de leurs supérieurs hiérarchiques? En tout cas, pas au Chef de l’Etat. Ce n’est assurément pas aider Joseph Kabila que de donner au reste du monde l’image d’un régime qui réprime l’opposition. Après avoir rendu le pays fréquentable, le Raïs n’a vraiment pas besoin de tous ces boutefeux qui ternissent l’image de la RDC.
Tout se passe comme si, dans le camp présidentiel, une constellation de matamores s’était liguée à l’effet de pousser le régime à la faute. Principal artisan du relifting de la Rdc, Joseph Kabila n’a aucun intérêt à voir son pays revenir sur la liste des Etats jugés peu recommandables.
José NAWEJ.


PPRD : Au-delà de la parade

Huit ans -seulement- d’existence, mais que des victoires! Cela s’arrose. Le Pprd l’a fait le week-end dernier. Evariste Boshab et ses camarades ont donc eu raison de ne pas bouder leur plaisir. Première force parlementaire , principale formation de la Majorité et parti pivot dans nombre des assemblées provinciales, le Pprd a grandi plus vite que la plupart de ses aînés.
Pour autant, l’angélisme ambiant ne devrait pas masquer quantité de défis existentiel et idéologique que ce parti politique se doit de relever. Sous peine de ne pouvoir survivre dans un cas de figure autre que celui où il est au pouvoir. Le Pprd a les faiblesses de ses atouts. Initié par le Raïs en personne, ce parti avait de quoi aimanter toute la classe dirigeante de l’époque. Des ministres aux bourgmestres, en passant par les patrons d’entreprises publiques et les gouverneurs de provinces. Certes, on pouvait déceler des engagements sincères dans cette adhésion massive de grosses légumes au parti né en mars 2002. Mais, il n’était pas nécessaire d’être grand clerc pour deviner le ressort de cette vocation à vaste échelle. Les amateurs des anecdotes ne manqueront pas de se rappeler que Sun City s’était vidé de presque tous les délégués du Gouvernement, le temps d’assister à, Kinshasa, à la naissance du parti présidentiel.
Co-fondé pour l’essentiel par des notables, façon oligarques, le Pprd sera synonyme d’anti chambre du pouvoir. Par conséquent, tout ce que le pays compte d’opportunistes ont trouvé, dans le nouveau parti, soit un parapluie pour demeurer au pouvoir, soit une rampe de lancement pour reconquérir un strapontin. Orfèvres en matière de repositionnement, des mobutistes pur sucre se sont recyclés à peu de frais en ralliant la nouvelle formation. Résultat : le parti continuateur de l’oeuvre de M’Zee ressemblait à un mouvement oecuménique où des nationalistes kabilistes authentiques, façon Yerodia, côtoyaient, sans nécessairement composer, des libéraux patentés. Une alchimie qui a peut-être permis au parti présidentiel de ratisser large, mais dont l’inconvénient majeur est de brouiller l’idéologie et donc la ligne du parti. Le samedi 3 avril à la Fikin, Evariste Boshab a opportunément rappelé les fondamentaux du kabilisme, socle du PPRD. Combien ont décodé cette référence à Laurent-Désiré Kabila?
S’il doit ramener constamment tous les «camarades» de la vingt-cinquième heure aux b.aba du kabilisme pour s’installer dans la durée, le Pprd devrait aussi décliner davantage, sur le plan concret, son appellation pour devenir l’émanation de la base. Certes, l’actuel Secrétaire général a inscrit son action dans cette direction. Mais, il faut plus que le seul volontarisme d’Evariste Boshab pour faire de la formation présidentielle un parti véritablement du peuple.
Le militant anonyme ne devrait pas seulement être mis à contribution quand la machine électorale est en marche ou lors de grand’messes comme celle du samedi dernier à la Fikin. Au-delà de ce qui peut apparaître comme du gadget, il y a tout un travail d’association de la base aux grandes options à lever par le parti et au recrutement du personnel politique appelé à diriger le pan de l’appareil d’Etat réservé au PPRD. Ils sont nombreux ceux de militants du Pprd qui dénoncent le copinage dans les nominations aux différents postes de gestion attribués à leur parti. Ils sont aussi nombreux ceux des pprdiens qui ne se reconnaissent pas dans les anti valeurs et autres manières «petites bourgeoises» qui caractérisent nombre de cadres Pprd dans les hautes sphères de l’Etat. Pas de quoi faciliter l’ancrage sociologique du parti présidentiel. José NAWEJ


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